La méthanisation est un procédé technique consistant à détourner la matière organique de ses cycles naturels afin de produire de l’énergie. Les résidus de ce procédé pouvant servir de fertilisants des sols et des cultures. 

La matière organique utilisée dans un méthaniseur provient des matières agricoles telles que le fumier ou le lisier, des biodéchets des ménages et déchets des collectivités, des entreprises ou encore des boues de station d’épuration. Des cultures dédiées sont aussi utilisées : cives, maïs…   

Cette matière organique est chauffée et brassée pendant 1 à 2 mois dans un méthaniseur pour obtenir une fermentation qui dépose en fond de cuve un résidu, le digestat, et émet du biogaz de composition variable (essentiellement méthane et 20 à 40% de CO2)  suivant les matières utilisées et les conditions de la méthanisation.

Le digestat peut servir d’engrai sur les exploitations agricoles sous réserve de surfaces disponibles pour l’épandage ou être traité pour exportation. Le biogaz quant à lui, peut produire de la chaleur, de l’électricité ou être purifié en biométhane pour être injecté dans le réseau de gaz en addition au gaz naturel d’origine fossile.

Les inconvénients de la méthanisation

1 – Le faible ancrage territorial de la méthanisation et sa fragilité : le modèle agricole dominant fait que les matières utilisées proviennent indirectement en grande partie d’importations (via l’alimentation animale), la production d’énergie qui en résulte ne peut être utilisée sans un réseau national de distribution dont les prix d’achats conditionnent la rentabilité, la valorisation des digestats  subit des aléas liés aux intrants, à la conduite du procédé, à la nécessité d’en exporter une part importante hors du territoire. Les équipements utilisés sont produits hors du territoire. La méthanisation crée des emplois et en supprime par la concentration des productions agricoles.

La pérennité de cette activité est dépendante de la consommation de viande. L’évolution de cette consommation à la baisse est inéluctable et devrait s’accélérer fortement dans les années à venir. Réduire sa consommation de viande c’est lutter efficacement contre le changement climatique et contribuer à la protection de la biodiversité.

La méthanisation  suppose que les pratiques agricoles et le gaspillage alimentaire persistent sous peine d’avoir recours à des cultures dédiées pour alimenter les méthaniseurs.

2 – La méthanisation renforce l’usage de la route pour les transports et la mobilité: elle offre une solution technique risquée et limitée de substitution au gaz naturel et donne au GNV une caution verte discutable, elle prolonge l’usage des camions et autres véhicules routiers. Le biogaz injecté dans le réseau du gaz naturel est un additif qui en modifie les performances. Pour 20% de biométhane dans le GNC,  selon le type de véhicule et la motorisation diesel ou essence, la réduction des émissions de gaz à effet de serre varie de 7% à 36% (ce résultat prend en compte le postulat de la neutralité carbone : étude NGVA Thinkstep). Cette perspective envisagée pour 2030  dans l’étude Thinkstep ne répond pas à l’urgence climatique et au besoin d’une évolution systémique de la mobilité et des transports *.

A tonnage équivalent transporté le mode ferroviaire requiert 10 fois moins d’énergie que le mode routier. La transition énergétique ne se fera pas sans un report modal massif de la route vers le ferroviaire. Le rail et la motorisation électrique présentent de nombreux avantages sur les moteurs thermiques et le gaz en termes de rendements, de pollutions et d’émissions de gaz à effets de serre.

 

3 – La méthanisation inquiète : les installations diffèrent et leur utilisation varie dans le temps. Les cycles du carbone sont complexes et rendent difficile l’appréciation des effets positifs sur les émissions de gaz à effet de serre.  La composition des digestats est très variable et difficilement maîtrisable.  

Le modèle industriel d’élevage hors sol est concentré en Bretagne. Il  fait de ce territoire un entonnoir à matière organique alimenté par des productions locales nationales et internationales. Cela ne peut pas être sans de graves conséquences sur les sols et l’eau. Si les effluents d’élevages ou les digestats de la méthanisation enrichissent ici à l’excès, ils appauvrissent ailleurs, mais enrichissent-ils vraiment et le font ils sans polluer ?  

La méthanisation renforce le modèle agricole intensif  et contribue ainsi à la destruction de la biodiversité.   

La méthanisation requiert l’allongement des réseaux et des installations d’injection. Elle nécessite aussi l’extension du réseau de distribution du gaz. 2% de fuites de gaz provoquent une augmentation de 50% des émissions de gaz à effet de serre.

La méthanisation requiert l’allongement des réseaux et des installations d’injection. Elle nécessite aussi l’extension du réseau de distribution du gaz.

2% de fuites de gaz provoquent une augmentation de 50% des émissions de gaz à effet de serre.

* NGVA Natural & Biogaz Vehicle Association : Etude européenne du cabinet Thinkstep pour NGVA portée par  Volvo, Scania, Iveco, Daimler, Audi, Total, Shell

L’étude Thinkstep retient le chiffre de 20% de mélange GNV  bioGNV à l’horizon 2030.

La PPE programme 7% (30TWh) d’injection de biométhane dans le réseau à l’échéance 2028.

Ce taux de 20% de biométhane dans le gaz naturel conduit à une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 7 à 36% selon le type de véhicule et la référence à l’essence ou au diesel (Etude Thinkstep page 101 et suivantes.)

Le scénario NégaWatt prévoit une baisse de la consommation de gaz de 7% à l’horizon 2030 (ref 2015). La fourniture de gaz serait alors de 426 TWh dont 386 TWh de gaz fossile(78%) 10 TWh de biométhane (2.5%) et 3 TWh de pyro-gazéification. A l’horizon 2050 l’utilisation du gaz représente 295 TWh dont 0% de gaz fossile, 135 TWh de biométhane (45%) 86 TWh issus de la méthanation et 75 TWh issus de la pyro-gazéification.

Le rapport final du scénario Facteur 4 de la Région Bretagne a été élaboré par le cabinet Artelys appuyé par le Groupe d’Analyse et de Contribution « Prospective 2040 » (GAC 2040), composé de l’Etat, de l’ADEME, de l’Observatoire de l’Environnement et des gestionnaires de réseaux électriques et gaziers (RTE, Enedis, GRTgaz, GRDF). Selon ce rapport la production de bio-méthane de la Bretagne serait de 17 TWh en 2050 dont 12 TWh injectés dans le réseau ( 9% de la production nationale). En 2030 la production bretonne serait de 9 TWh soit 30% de l’objectif national d’injection de la PPE en totalité injecté dans le réseau. 

Voir aussi l’annexe G de l’étude Thinkstep (page 170) qui compare les émissions des gaz à effet de serre pour véhicules essence, diesel, gaz et électriques.