Le SRADDET en Bretagne

« Chaque degré compte, chaque année compte et chaque décision compte : ne pas agir aujourd’hui c’est ajouter au fardeau des générations futures. Limiter le réchauffement à 1,5°C n’est pas impossible mais nécessite une politique forte et immédiate. »

Valérie Masson-Delmotte, co-présidente du groupe de travail 1 du GIEC (8 octobre 2018 – intervention au Sénat)

 

Le SRADDET est sensé programmer la ligne directrice de la politique environnementale de la Région Bretagne d’aujourd’hui à l’horizon 2040.

Première limite, démarré en 2017, il se focalise sur un objectif de facteur 3 (-65% des émissions CO2), objectif bien en dessous de celui de la neutralité carbone, rendu obligatoire par le gouvernement dans la Stratégie Nationale Bas Carbone 2 en 2019, elle-même insuffisante pour limiter le réchauffement climatique à 1.5°C par rapport à l’ère préindustrielle comme le préconise le rapport spécial du GIEC de 2019.

Le SRADDET apparait fragile car peu réaliste. Il n’est qu’une succession de palliatifs plus ou moins efficaces à des problèmes clairement identifiés et ne montre aucune volonté de rupture pour mettre en œuvre des solutions connues.

 

 

 

Comme d’aucuns le sauraient, on ne répare pas une montgolfière avec du scotch.

 

Un défaut de méthode

Le diagnostic de base est trop sectoriel. Il ne permet pas de remettre en cause le modèle de développement breton actuel, basé sur l’agriculture intensive. Le rôle important du BTP et de l’aménagement du territoire dans les émissions de GES ne sont pas mis en évidence.

Peu ambitieux dans les actions envisagées  le SRADDET est aussi peu prescriptif. Il n’incite donc pas les EPCI à  jouer leur rôle d’accélérateur de la transition.

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Le document ne répond pas aux enjeux de la transition énergétique

Le SRADDDET n’incite pas assez à la sobriété énergétique. Il ne comporte pas une véritable réflexion systémique par exemple avec le report modal route/fer, l’usage de matériaux biosourcés  dans le BTP ou encore les circuits courts pour l’alimentation.

« Les hommes sont comme les pommes, quand on les entasse ils pourrissent » Montaigne

La métropolisation avec ses conséquences sociales et environnementales n’est pas remise en cause. Le rééquilibrage avec le tissu de villes moyennes et petites desservies par un réseau de transport en commun et de marchandises dense et performant n’est pas envisagé.

Un des objectifs majeurs du SRADDET est le rapprochement de la pointe bretonne de Paris fondé sur le sentiment d’enclavement, sentiment qui doit être modéré par celui d’une ouverture vers le large la mer et ses richesses et ses voies d’échanges.

Les investissements prévus dans le Pacte d’accessibilité pour les liaisons aériennes, les routes et les LGV sont incohérents avec les objectifs de baisse d’énergie et d’émissions de GES. Ils doivent être détournés vers des moyens destinés aux mobilités quotidiennes, l’intermodalité et le mix transports (personnes et marchandises)

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Le SRADDET affiche des ambitions démesurées pour la production d’énergie.

L’éolien maritime principal contributeur à la production d’énergie en 2040 enregistre un retard important que les aspects innovants et environnementaux de cette technologie  ne permettront pas de réduire. L’éolien terrestre voit son développement limité par des servitudes aériennes militaires et civiles qu’il sera difficile de faire évoluer. La méthanisation pose des problèmes de sécurité, environnementaux, d’acceptabilité sociale, d’émissions de GES. Le  postulat de la neutralité carbone ne tient pas face aux limites de son utilisation dans le bouquet gaz et aux limites du bouquet lui-même à réduire les émissions de GES. Elle sert essentiellement  de soutien au modèle agricole productiviste avec un mode de financement déjà remis en cause. La production de gaz consolide l’usage du véhicule individuel.

Le SRADDET ne remet pas en cause le projet de centrale à gaz de Landivisiau. La réduction de la consommation d’électricité, les renforcements du réseau, la progression de la production d’ENR en Bretagne justifient l’abandon du projet.

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L’agriculture dans le SRADDET

Fer de lance du développement économique de la Bretagne, elle y maintient et consolide ses méthodes productivistes intensives hors sol et son niveau de production, sans être en capacité de supprimer ses effets destructeurs sur le vivant.

La réduction du cheptel breton d’animaux d’élevage est vaguement évoquée alors qu’elle est indispensable et doit être importante pour la réduction des émissions de GES bretonnes.

L’agriculture doit avant tout répondre aux besoins et attentes des bretons. Elle doit être essentiellement vivrière, bio, liée au sol, transformée et distribuée en circuits courts. La réduction du cheptel entraine une réduction importante du transport de marchandises (près de 40% des GES du secteur Transport)

 

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EN CONCLUSION, CoBEN a émis un avis défavorable lors de l’enquête publique du SRADDET.

Le SRADDET breton doit clairement être plus ambitieux face à l’accélération et l’aggravation des phénomènes climatiques. Nous exigeons un schéma de rupture et prescriptif pour mettre en œuvre une véritable transition écologique, énergétique et solidaire en Bretagne.

 

[Voir la déposition complète et annotée]